Guerres secretes

Alors que l’engagement français en Afghanistan était au coeur du Conseil des ministres ce mercredi, au lendemain de l’audition d’Hervé Morin et de Bernard Kouchner par les commissions de Défense et des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, le Canard Enchaîné publie de nouvelles révélations sur les conditions de l’embuscade qui a coûté la vie à dix soldats français. Le journal laisse ainsi entendre que les insurgés avaient été avertis de leur venue, peut-être par leur interprète.

« Quelques heures avant le départ en opération, le 18 août, (…) l’interprète qui devait accompagner cette petite troupe avait disparu », écrit l’hebdomadaire. « Le simple bon sens aurait dû conduire ses chefs à craindre qu’il n’ait alerté les insurgés de l’arrivée de cette patrouille », lit-on dans l’article, signé par le rédacteur en chef, Claude Angeli. « A Paris, écrit-il plus loin, on admet que les insurgés avaient été avertis, soit par l’interprète disparu, soit par des policiers ou par des soldats afghans ». L’hebdomadaire croit en outre savoir que « dès le début de l’embuscade, quatre militaires français ont été faits prisonniers et exécutés par les insurgés ». Le ministre de la Défense Hervé Morin et l’état-major avaient déjà démenti cette affirmation, rapportée par des médias anglo-saxons.

Un rapport alertait sur les risques d’affrontements

Le Canard Enchaîné dévoile par ailleurs des extraits d’un rapport dans lequel un officier français avait alerté, dès le 4 mai, sur le risque « d’affrontements aussi violents que nombreux » dans la zone d’Afghanistan où a eu lieu l’embuscade meurtrière. « Les incidents se sont multipliés sous toutes les formes possibles dans les zones de responsabilité de la brigade. Les ACM (milices anti-coalition) ont bel et bien repris leurs activités », écrivait dans ce rapport le lieutenant-colonel Benoît Desmeulles, responsable d’une unité OMLT (instructeurs insérés dans des unités de l’armée nationale afghane). « Ceci est particulièrement vrai dans la province de Kapisa (et surtout dans sa partie sud), les vallées d’Alah Say, Bedraou, Diram Diram et Surobi restant, malgré le travail de présence durant l’hiver, des foyers d’agitation ».

Le rapport, rédigé « de retour d’un déploiement d’un mois en opérations dans la vallée de Kapisa », où ont été déployés les renforts français envoyés en juillet, relevait par ailleurs divers « enseignements », par exemple sur les questions d’effectifs, soulignant qu’une préparation de quatre mois pour « un déploiement de six est un investissement extrêmement lourd pour les brigades et les régiments, notamment au regard de la facture en moyens ». Il estimait également « qu’un certain nombre de formations (…) se sont révélées inutiles car mal conduites et peu préparées », citant notamment celle sur les IED (bombes artisanales), alors que d’autres « manquent », citant notamment les missions de récupération de soldats portés disparus.


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